Visiter l’Albanie

Gjirokastër, la ville de pierre à bien découvrir

Que Faire / Itinéraires25 août 2026·8 min de lecture
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Inscrite au patrimoine mondial de l’UNESCO le 15 juillet 2005, Gjirokastër est l’une des étapes culturelles les plus fortes du sud de l’Albanie. Surnommée Qyteti i gurit, « la ville de pierre », elle ne doit pas ce nom à une formule touristique : ses toits de lauze, ses ruelles pavées, ses murs de soutènement et ses maisons-tours forment un ensemble urbain d’une cohérence rare.

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Gjirokastër — aussi écrite Gjirokaster ou Gjirokastra — s’accroche aux pentes du Mali i Gjerë, au-dessus de la vallée du Drino. Dans mes itinéraires dans le sud albanais, je la traite comme une vraie halte de découverte et non comme une simple pause entre Berat et Sarandë : une nuit permet de profiter de son atmosphère une fois les visiteurs de passage repartis, tandis que deux nuits laissent le temps d’ajouter une maison-musée et le Blue Eye sans tout condenser. Et même si l’étape est d’abord urbaine, elle s’intègre très bien à un voyage plus large sur le thème des villages et des petites haltes du sud, car son arrière-pays donne justement son sens à cette ville de montagne.

  • À retenir : Gjirokastër se visite mieux sur une à deux nuits que lors d’un simple passage.
  • Le cœur de la découverte : le bazar, la citadelle et au moins une maison-tour ottomane.
  • Bon enchaînement : Berat → Gjirokastër → Blue Eye → Sarandë ou Riviera sud.

Pourquoi Gjirokastër mérite plus qu’une halte rapide

La ville historique est organisée en amphithéâtre autour de sa citadelle médiévale. En bas, le bazar concentre les rues commerçantes, les façades de pierre et les passages voûtés ; au-dessus, les quartiers résidentiels montent vers la forteresse. Cette verticalité fait tout son caractère, mais elle demande aussi un peu de temps et de bonnes chaussures.

Arrivée en fin d’après-midi → installation dans la vieille ville → promenade au bazar après le départ des excursionnistes

Ce rythme est celui qui m’a toujours donné la lecture la plus juste de Gjirokastër. En plein milieu de journée, on voit surtout les pierres et les boutiques ; tôt le matin ou en fin d’après-midi, on perçoit mieux la ville habitée, les variations de lumière sur les toits et l’ampleur de la vallée du Drino.

À environ 230 km de Tirana et à 55 à 60 km au nord de Sarandë par les routes SH4 et SH99, Gjirokastër s’intègre naturellement à un itinéraire du sud. Depuis Berat, comptez environ trois heures de route ou de trajet en bus selon l’itinéraire et les conditions. Cette durée est précisément la raison pour laquelle je recommande de ne pas enchaîner Berat, Gjirokastër et la Riviera en une seule journée.

Comprendre la ville de pierre avant de la parcourir

Le classement UNESCO ne récompense pas seulement une belle forteresse. Gjirokastër et Berat sont réunies dans l’ensemble des Centres historiques de Berat et de Gjirokastër pour deux raisons essentielles : elles témoignent d’un mode de vie ottoman largement disparu et conservent deux formes distinctes de ville ottomane.

  • Gjirokastër présente une ville de montagne plus défensive, dominée par la citadelle et les maisons-tours de pierre.
  • Berat déploie ses maisons en terrasses au-dessus de l’Osum, avec un paysage urbain plus ouvert et plus commercial.
  • Les deux villes se complètent : visiter l’une sans l’autre reste intéressant, mais les rapprocher dans un même voyage aide réellement à comprendre la diversité de l’héritage ottoman en Albanie.

À Gjirokastër, les kullë sont les grandes signatures architecturales. Ces maisons-tours, souvent construites pour des familles de notables et de grands propriétaires terriens, associent habitat et protection. Les niveaux bas servaient au stockage et aux animaux ; les étages supérieurs accueillaient les pièces de réception, appelées oda, les espaces de vie et parfois des décors de bois sculpté ou de peintures murales.

  • Toits couverts de lourdes dalles de pierre ;
  • murs épais et ouvertures réduites aux étages inférieurs ;
  • grandes fenêtres et loggias aux étages de réception ;
  • plans compacts, parfois ponctués de tourelles ou d’éléments défensifs.

Plus de 500 maisons traditionnelles sont protégées dans la ville. Le détail qui change la visite consiste à regarder au-delà des façades : repérez les différences de hauteur, de toiture, de fenêtres et d’implantation dans la pente. Elles racontent le rang social des anciens propriétaires autant que les besoins pratiques d’une ville fortifiée.

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Un parcours cohérent sur une journée et demie

Difficulté : modérée. Le dénivelé et les pavés irréguliers constituent la vraie contrainte. Une journée complète couvre les incontournables ; une deuxième matinée permet de ralentir, d’entrer dans une maison-tour et de profiter du panorama sans courir.

  1. Commencez par le vieux bazar. Parcourez ses ruelles avant de viser les sites précis. Le bazar est la charnière entre la partie commerçante et les quartiers en pente ; il donne les meilleurs repères pour comprendre la géographie de la ville.
  2. Montez ensuite vers la citadelle. Depuis le bazar, l’ascension à pied prend généralement 15 à 20 minutes. Ne la sous-estimez pas : le pavage peut être glissant, surtout après la pluie ou lorsque les pierres sont polies par le passage.
  3. Réservez du temps au château. La citadelle, attestée dès le XIIIe siècle, a été agrandie à l’époque ottomane puis remaniée au XIXe siècle, notamment sous Ali Pacha de Tepelena. Elle domine la vallée du Drino et reste le meilleur point pour saisir l’échelle de la ville.
  4. Choisissez au moins une maison-tour à visiter. La maison Zekate est l’exemple le plus emblématique, avec son plan symétrique, ses deux tours et sa salle d’apparat. La maison Skenduli offre une autre lecture de l’habitat ottoman. Comptez environ 30 à 40 minutes par maison-musée, sans les traiter comme une formalité.
  5. Terminez dans les quartiers résidentiels. Descendre par une rue différente de celle empruntée à la montée évite de refaire le même parcours et révèle des perspectives plus calmes sur les toitures de lauze.

Bazar → montée vers la citadelle → panorama sur la vallée → maison-tour → retour par les ruelles résidentielles

Le point qui mérite de ralentir est l’intérieur des maisons. J’ai longtemps eu tendance à privilégier la forteresse et les vues ; pourtant, c’est dans une kullë que l’on comprend le mieux pourquoi Gjirokastër est différente de Berat. Les volumes, les escaliers, la distribution verticale et la salle d’apparat rendent tangible la fonction sociale et défensive de ces demeures.

La citadelle : le point de vue qui donne son sens à la ville

Souvent décrite comme l’un des plus grands châteaux des Balkans, la citadelle de Gjirokastër ne se résume pas à un belvédère. Elle contrôlait autrefois la vallée du Drino et les axes menant vers Ioannina, Sarandë, Berat et la plaine de Dropull. Ses murs, ses cours et ses remparts permettent de lire plusieurs siècles d’occupations et de transformations militaires.

Le musée de l’Armement, installé dans l’enceinte du château, retrace notamment les périodes ottomane, la Seconde Guerre mondiale et l’époque communiste. Un avion est également exposé dans la forteresse ; l’élément marquant n’est pas tant son modèle que le contraste visuel entre cet objet du XXe siècle et l’architecture de pierre médiévale qui l’entoure.

Conseil de terrain : gardez le panorama pour la fin de la visite plutôt que de vous précipiter vers le premier point de vue. Depuis les remparts, observez la densité des toitures, la continuité des quartiers et la façon dont la ville se cale dans le relief. C’est le moment où le surnom de « ville de pierre » prend réellement son sens.

Choisir sa base entre Berat, Gjirokastër et Sarandë

Gjirokastër fonctionne particulièrement bien comme étape charnière : elle relie le patrimoine de l’intérieur à la côte ionienne. La voiture simplifie nettement les liaisons et les excursions, notamment vers le Blue Eye, mais la ville elle-même se découvre avant tout à pied. Les voyageurs sans voiture gagnent à y dormir plutôt qu’à tenter un aller-retour serré depuis la Riviera.

Base Elle convient surtout pour Atout principal Point d’attention
Berat Architecture ottomane, rythme tranquille, vallée de l’Osum Maisons en terrasses et ambiance plus fluviale Prévoyez environ trois heures pour rejoindre Gjirokastër
Gjirokastër Citadelle, maisons-tours, patrimoine de montagne Étape culturelle forte entre l’intérieur et le sud Rues pentues et pavées, moins adaptées aux journées trop chargées
Sarandë Mer Ionienne, Riviera, excursions côtières Accès pratique aux plages et à Ksamil Gjirokastër mérite une nuit sur place plutôt qu’un simple détour

Pour préparer les accès, les repères de quartier et les autres idées de découverte, la page consacrée à Gjirokastër complète utilement cette approche centrée sur la ville historique.

Villages aux alentours : le bon contrechamp

Si vous voyagez en Albanie avec un angle « villages », Gjirokastër n’est pas hors sujet ; elle en est plutôt le point d’ancrage patrimonial. La route vers Sarandë passe près de Muzinë, le village associé au Blue Eye, et l’ensemble de la vallée rappelle que la ville de pierre ne flotte pas hors sol : elle dialogue avec un arrière-pays rural, des pentes habitées et de petites implantations qui prolongent naturellement la visite. Autrement dit, on vient pour une ville UNESCO, mais on la comprend mieux quand on la replace dans son environnement de villages et de routes de montagne.

Associer Gjirokastër au Blue Eye et à la Riviera sud

Le Blue Eye, ou Syri i Kaltër, est une source karstique située près du village de Muzinë, dans la municipalité de Finiq. Elle se trouve dans une réserve naturelle d’environ 293 hectares, au cœur du massif du Mali i Gjerë. Sa position entre Gjirokastër et Sarandë en fait une pause naturelle sur la route vers la côte.

Gjirokastër → route vers le Blue Eye → poursuite vers Sarandë ou la Riviera

Depuis Gjirokastër, le trajet routier vers le Blue Eye dépasse généralement une heure ; depuis Sarandë, il faut environ 30 à 40 minutes. Cette excursion est particulièrement efficace avec une voiture, car elle évite de multiplier les correspondances. Sans véhicule, mieux vaut ne pas l’ajouter au même jour que la citadelle et les maisons-musées : l’intérêt de Gjirokastër est justement de prendre le temps de la parcourir.

Quand visiter et quelles erreurs éviter

Pour Gjirokastër et Berat, les périodes les plus agréables sont mai, juin, septembre et le début d’octobre. Les températures y sont généralement plus confortables pour les montées, et l’affluence plus modérée qu’au cœur de l’été. Avril-mai et de la mi-septembre à la fin octobre constituent également de bonnes fenêtres pour un voyage plus large en Albanie.

  • Ne prévoyez pas Gjirokastër comme une visite expédiée. Une excursion à la journée est possible, mais une nuit sur place transforme l’expérience.
  • Ne montez pas à la citadelle avec des chaussures lisses. Les pavés et les pentes demandent une semelle stable ; c’est un détail banal qui devient vite pénible.
  • Ne limitez pas la ville au bazar. Le bazar est beau, mais les ruelles résidentielles et les maisons-tours expliquent l’identité UNESCO du site.
  • Ne confondez pas Gjirokastër et Berat. Les deux villes sont complémentaires, pas interchangeables : la première se lit comme une forteresse de montagne, la seconde comme une ville de terrasses et de fenêtres.
  • Ne surchargez pas la journée de départ vers Sarandë. Garder une marge pour le Blue Eye ou pour une dernière promenade dans le bazar rend l’itinéraire plus fluide.

Ce qu’il faut retenir avant de partir

Gjirokastër se découvre idéalement sur une à deux nuits : bazar, citadelle du XIIIe siècle, maisons-tours ottomanes et panorama sur la vallée du Drino composent une visite dense mais très lisible.

Placez-la entre Berat et Sarandë, privilégiez mai, juin, septembre ou le début d’octobre, et gardez le Blue Eye comme une étape distincte sur la route vers la Riviera sud. Si vous aimez relier patrimoine, relief et ambiance de villages, c’est précisément l’une des haltes les plus convaincantes du sud albanais.

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Margaux Delaunay

Ecrit par

Margaux Delaunay

Rédactrice de Visiter l’Albanie, Margaux partage ses conseils terrain pour préparer un séjour plus simple et plus local.

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