Sur une Riviera où la route dessert presque toutes les criques, Gjipe fait figure d'exception : on n'y accède ni en voiture ni par hasard. La plage occupe l'embouchure d'un canyon calcaire creusé dans le plateau côtier, entre Dhërmi et Himarë, et il faut soit descendre à pied, soit arriver par la mer. Ce filtre suffit à changer complètement l'ambiance par rapport aux plages voisines — et rend la visite plus exigeante à organiser.
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Le canyon de Gjipe
La gorge — Gryka e Gjipesë — a été taillée par un torrent dans un plateau de calcaires blancs, entre les villages d'Iljas et de Vuno. Ses parois sont étroites, verticales à sub-verticales, ponctuées de ressauts et de végétation accrochée dans les fissures. Selon le tronçon considéré entre la route SH8 et la mer, on lui prête une longueur d'un kilomètre et demi à deux kilomètres et demi, pour une hauteur de parois approchant la centaine de mètres dans sa partie médiane.
À l'embouchure, le torrent débouche sur une petite anse de galets et de graviers — pratiquement pas de sable — encadrée par les falaises. L'eau y est d'une transparence remarquable, le fond étant entièrement minéral. La configuration en entonnoir donne au site une lumière particulière : le soleil y arrive tard le matin et s'en retire tôt en fin de journée, ce qui se planifie.
Géographiquement, Gjipe occupe un secteur de transition. La Riviera s'étire le long du canal d'Otrante, zone de contact entre les masses d'eau adriatique et ionienne. Le segment Dhërmi–Himarë, dont Gjipe occupe le milieu, est rattaché au domaine ionien : la côte s'ouvre directement sur la mer Ionienne, l'Adriatique commençant plus au nord, au-delà du golfe de Vlorë. La bascule elle-même se joue plus haut, au col de Llogara.
La descente à pied depuis le plateau
C'est l'accès le plus courant. Depuis la route côtière SH8, l'embranchement se prend près du monastère de Saint-Théodore, sur un virage bien identifiable. On quitte alors l'axe principal pour une desserte non revêtue qui s'avance sur le plateau côtier : étroite, caillouteuse, avec des irrégularités et des pentes modérées, elle mène à une zone de stationnement informelle au bord du plateau. Les conditions de circulation y varient beaucoup selon les périodes et selon la garde au sol du véhicule — point à évaluer honnêtement avant de s'engager avec une citadine de location.
Depuis le plateau, la plage se rejoint par un sentier de descente. Les distances annoncées oscillent entre un kilomètre huit et deux kilomètres et demi selon le point de départ, pour un dénivelé de l'ordre d'une centaine de mètres. La marche demande vingt-cinq à quarante-cinq minutes à l'aller, davantage au retour puisqu'il s'agit alors d'une remontée.
Le terrain est un chemin de terre et de graviers, assez large, parfois pierreux, praticable pour des marcheurs en condition correcte mais sans ombre : il traverse un maquis bas — arbustes, oliviers, végétation rase — sur une pente sèche et rocheuse. En été, cette absence d'ombre est le facteur limitant réel, bien plus que le dénivelé. Des chaussures fermées, de l'eau en quantité et un départ hors des heures chaudes changent tout. C'est un accès qui se prête bien mieux aux saisons d'épaule qu'au plein été.
Un second itinéraire suit le fond du canyon depuis la SH8. Celui-là n'a rien d'une promenade : le lit du torrent est encombré de blocs, de ressauts et de passages en désescalade qui relèvent de compétences techniques et de matériel. Il est régulièrement décrit comme dangereux pour qui n'est ni équipé ni accompagné.
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L'arrivée par la mer
L'autre porte d'entrée, c'est le bateau. Gjipe s'atteint directement depuis la mer, en embarcation ou en kayak, et des sorties locales l'intègrent couramment comme escale au départ de Dhërmi, de Jala ou de Himarë. La navigation est courte, le site se trouvant sur la même portion de côte ; le débarquement se fait au large ou par de petites embarcations.
Cette option a deux avantages nets. Elle supprime la marche — décisif avec des enfants, par forte chaleur, ou sans véhicule adapté à la piste. Et elle donne à voir la gorge depuis le large, sous l'angle qui rend le mieux compte de la géométrie du lieu : une entaille verticale dans un mur de calcaire, avec une bande de galets clairs à sa base. Beaucoup combinent les deux, en descendant à pied et en repartant par la mer.
Camping, fréquentation et bonne conduite
Gjipe reste, à l'échelle de la Riviera, une plage peu aménagée. On y campe — la pratique est courante et globalement admise, avec quelques installations légères par endroits —, mais l'ensemble demeure proche du camping sauvage : pas de complexes hôteliers, pas de front bâti. Les modalités exactes de cette tolérance dépendent des règles locales en vigueur au moment de votre passage, qu'il vaut mieux vérifier sur place que présumer.
La fréquentation reste inférieure à celle des plages accessibles en voiture, à cause du filtre d'accès. Le lieu n'est pour autant plus confidentiel : sa notoriété a beaucoup progressé, et le mot « secret » qu'on lit encore à son sujet relève du souvenir plus que de la réalité. En haute saison, l'anse se remplit. Deux règles de bon sens en découlent : tout ce que vous descendez, vous le remontez, faute de collecte structurée sur place ; et venez autonome — eau, protection solaire, chaussures correctes.
Randonnée et canyoning en amont
Pour les marcheurs, la gorge se remonte partiellement depuis la plage, ce qui offre une belle plongée dans les parois sur les premières centaines de mètres. Au-delà, le terrain devient exigeant.
Le canyon complet est un terrain de canyoning et d'escalade reconnu, avec des itinéraires d'un kilomètre et demi à deux kilomètres et demi dans le lit du torrent : blocs, ressauts, désescalades, rappels sur corde. Cela suppose de l'expérience, du matériel et, pour la plupart des visiteurs, l'accompagnement d'un professionnel. Des accidents impliquant des personnes sous-équipées y sont régulièrement rapportés.
À noter : la descente du canyon vers la plage est réalisable pour des pratiquants équipés, mais la remontée intégrale par la gorge est jugée pratiquement impossible sans cordes laissées en place. On descend donc par le canyon et l'on remonte par le sentier ordinaire.
FAQ
Peut-on venir à Gjipe en voiture ?
Pas jusqu'à la plage. La voiture permet d'atteindre le plateau par une desserte non revêtue prise sur la SH8 près du monastère de Saint-Théodore, dont les conditions de circulation varient et conviennent mal aux véhicules bas. La dernière partie se fait obligatoirement à pied, ou par la mer. Consultez la carte interactive pour situer l'embranchement.
La marche est-elle difficile ?
Le dénivelé — une centaine de mètres — n'a rien d'extrême et le chemin est large. La difficulté vient de l'absence totale d'ombre sur un terrain sec et rocheux, et du fait que le retour est une montée. Avec de l'eau, de bonnes chaussures et un horaire raisonnable, c'est accessible à la plupart des marcheurs.
Quelle est la meilleure façon d'y arriver avec des enfants ?
Le bateau, sans hésiter. Les sorties au départ de Dhërmi, de Jala ou de Himarë incluent fréquemment Gjipe et évitent la descente comme la remontée, tout en donnant à voir la gorge depuis le large.
Y a-t-il des services sur la plage ?
Il faut partir du principe que non. Gjipe est très peu aménagée, avec au mieux quelques installations légères et saisonnières. Venez autonome en eau et en protection solaire, et repartez avec vos déchets.
Où loger pour visiter Gjipe ?
Les deux bases naturelles sont Dhërmi au nord et Himarë au sud, toutes deux sur la SH8 et à courte distance de l'embranchement. Elles donnent aussi accès au reste de la Riviera et, plus au nord, au parc national de Llogara.

